De Gdańsk à la Ligue 1, l’itinéraire maîtrisé de Przemysław Frankowski
- Jo

- 15 janv.
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Przemysław Frankowski n’a jamais été destiné à une carrière fulgurante écrite d’avance. Son histoire commence loin des projecteurs, à Gdańsk, ville portuaire du nord de la Pologne, où il naît le 12 avril 1995. Là-bas, le football est un repère social autant qu’un sport, et le Lechia Gdańsk représente bien plus qu’un club. Frankowski y entre très jeune, traverse toutes les strates de la formation et apprend un football exigeant, marqué par la rigueur et la patience. À l’adolescence, rien ne le distingue encore comme un futur international. Il progresse lentement, mais régulièrement, forgeant son jeu sur l’endurance, la répétition des courses et une discipline tactique déjà très marquée.
En 2010, il rejoint la Młoda Ekstraklasa, le championnat des équipes réserves, puis intègre progressivement la deuxième équipe du club. Le 20 octobre 2012, il inscrit son premier but en troisième division, un moment fondateur qui le rapproche de l’équipe première. Quelques jours plus tard, le Lechia le convoque chez les professionnels. Le 14 avril 2013, deux jours après ses 18 ans, il dispute son premier match d’Ekstraklasa contre, signe du destin, le Jagiellonia Białystok. Une défaite pour commencer, mais Frankowski découvre un autre rythme, une autre pression. Deux semaines plus tard, contre Podbeskidzie, il marque son premier but dans l’élite. Ce but, symboliquement le 150e du club depuis son retour en Ekstraklasa, lui vaut une reconnaissance immédiate des supporters, qui le désignent homme du match.
Je viens de Gdańsk et le Lechia restera toujours dans mon cœur (...) Le Lechia a le potentiel pour devenir l’un des meilleurs clubs de Pologne. - Przemysław Frankowski
La saison suivante, le Lechia lui confie le numéro 10. Ce choix est fort pour un joueur aussi jeune, et traduit l’estime du club à son égard. Pourtant, Frankowski n’est pas encore un joueur décisif chaque semaine. Il apprend à gérer les attentes, les périodes de creux, les blessures mineures et la concurrence. Plusieurs clubs étrangers se renseignent sur lui, une clause libératoire est fixée à 750 000 euros, mais il choisit de rester. À Gdańsk, il comprend que la progression passe aussi par la continuité. En deux saisons pleines, il accumule de l’expérience, mais sent que son développement stagne.

credit: Adam Warżawa (PAP)
L’été 2014 marque un choix déterminant: Frankowski quitte son club formateur pour le rejoindre Jagiellonia Białystok. Ce transfert n’est pas vécu comme une rupture, mais comme une étape nécessaire. À Białystok, il arrive dans un club ambitieux, structuré, avec une pression différente. Il prend le numéro 21, en hommage à Tomasz Frankowski, légende locale, sans lien familial. Les débuts sont difficiles. Son adaptation est lente, ses performances irrégulières, et les critiques apparaissent rapidement. Pourtant, l’entraîneur Michał Probierz maintient sa confiance, convaincu de son potentiel et de son sérieux.
Cette confiance change tout. Progressivement, Frankowski devient un titulaire régulier, puis un élément central du projet. Il développe son jeu sans ballon, affine son volume de courses et gagne en efficacité dans les trente derniers mètres. Le 23 juillet 2015, lors d’un tour préliminaire de Ligue Europa face au FK Kruoja, il entre en jeu à la 59e minute et inscrit un triplé en seize minutes. Ce match reste un tournant dans sa carrière : pour la première fois, Frankowski se montre décisif à l’échelle européenne.
Aux États-Unis, les fans pensent différemment. On va à un match, on joue, et il n’y a pas beaucoup de jugement sur le fait que vous êtes bon ou faible, comme en Europe - Przemysław Frankowski
Durant cinq saisons, il dispute 140 matchs avec Jagiellonia. Il participe à deux courses au titre, toutes deux terminées à la deuxième place, laissant un goût d’inachevé mais aussi une image de constance. Frankowski n’est pas la star de l’équipe, mais l’un de ses moteurs. Il s’impose comme un joueur fiable, capable d’évoluer sur les ailes de l'attaque en étant décisif, et gagne une reconnaissance nationale.
À 23 ans, alors que la plupart des joueurs de son âge cherchent un grand championnat européen, Frankowski fait un choix à contre-courant. En janvier 2019, il s’engage avec le Chicago Fire en Major League Soccer. Le changement est radical. Nouveau continent, nouvelles habitudes, longs déplacements, style de jeu différent. Les premiers mois sont compliqués. Il peine à trouver sa place, manque d’efficacité, et doit s’adapter à une ligue moins structurée tactiquement mais physiquement exigeante.

credit: chicagofirefc.com
Peu à peu, il s’intègre. Il marque son premier but en mai 2019 et devient un joueur important du dispositif. Aux côtés de Bastian Schweinsteiger ou Nemanja Nikolić (ancien buteur du Legia Warszawa), il découvre un vestiaire multiculturel et une autre manière de vivre le football professionnel. La MLS lui offre quelque chose que l’Europe ne lui avait jamais donné : du temps pour réfléchir à son jeu, à sa carrière, sans la pression permanente du résultat immédiat. Cette période, souvent sous-estimée, marque profondément son rapport au football.
En 2021, Frankowski estime le moment venu de revenir en Europe. Le RC Lens lui ouvre ses portes. En Ligue 1, il découvre un club populaire, porté par un stade incandescent et une identité collective forte.
Il fait également la connaisance de Franck Haise, qui va changer sa carriere. A l'image d'un Łukasz Piszczek en son temps, l'ailier est repositionné en piston / latéral, et très vite, il s’impose comme titulaire dans le système lensois. Son volume de jeu, sa régularité et sa fiabilité en font un élément indispensable. Le derby contre Lille, lors duquel il inscrit son premier but avec Lens, scelle son intégration auprès des supporters.
La saison 2021-2022 est celle de la reconnaissance. Frankowski est élu révélation de la Ligue 1, une distinction qui symbolise son adaptation réussie. Les saisons suivantes confirment son importance. Il participe à la qualification historique pour la Ligue des champions, vit une victoire marquante contre Arsenal à Bollaert et devient l’un des cadres du vestiaire. À Lens, Frankowski atteint un niveau de maturité rarement vu auparavant dans sa carrière.
L’hiver 2025 l’emmène brièvement à Galatasaray. À Istanbul, il découvre un environnement encore plus passionnel, remporte un doublé championnat-coupe et enrichit son palmarès. Cette expérience, courte mais intense, lui apporte un regard différent sur le très haut niveau et la gestion de la pression extrême.

credit: CYFRASPORT
À l’été 2025, il revient en France et signe au Stade Rennais. Dès son arrivée, le club met en avant son expérience européenne, son professionnalisme et sa constance. Il débute officiellement contre l’Olympique de Marseille lors de la première journée de Ligue 1, disputant plus de 80 minutes dans une victoire symbolique. À Rennes, Frankowski n’est plus un joueur en devenir, mais un repère, un joueur sur lequel on s’appuie immédiatement.
En parallèle, il construit un parcours solide en sélection polonaise. International depuis 2018, il marque son premier but en octobre 2019 après une minute de jeu, sur une passe de Robert Lewandowski. Sans être une figure médiatique majeure, il s’impose par sa fiabilité et sa polyvalence, participant régulièrement aux grandes compétitions (1 Euro et 1 Coupe du Monde avec la Pologne).
De Gdańsk à Rennes, Przemysław Frankowski a bâti une carrière sans raccourci, faite de choix parfois inattendus mais toujours cohérents. À 30 ans, il incarne un parcours fondé sur la constance, l’adaptation et une progression patiente, loin des trajectoires éclatantes mais souvent éphémères.









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