Oskar Pietuszewski — Gros plan sur le plus grand espoir du football polonais
- Jo

- 8 déc. 2025
- 4 min de lecture
Lorsque Ryszard Karalus, figure tutélaire de générations de talents à Białystok, croise pour la première fois le regard d’un jeune garçon nommé Oskar Pietuszewski, il comprend immédiatement que quelque chose cloche — ou plutôt, que quelque chose clique. L’enfant n’a pas plus de dix ans, mais déjà ce petit ailier refuse de se laisser marcher dessus. Pendant un exercice, un partenaire plus âgé le bouscule légèrement. Pietuszewski, sans réfléchir, lui rend le coup avec la même intensité. Pas par violence, mais par nature. Par instinct.
Dès son plus jeune âge, ce natif de Białystok fait l’objet d’une attention particulière. Son premier entraîneur, Rafał Muczyński, aime rappeler que sa sensibilité allait de pair avec un tempérament incandescent. Quand quelque chose tournait mal, Oskar réagissait à sa manière : parfois avec des larmes, parfois en lançant un objet dans le vestiaire, incapable d’accepter l’échec. « Il avait le caractère d’un gagnant », se souvient Muczyński. « Sa colère n’était pas du caprice : c’était l’expression d’une exigence énorme envers lui-même. »
Cette exigence éclate au grand jour en 2022, lorsque Pietuszewski devient l’un des piliers de l’équipe de Podlaskie lors du championnat national U14. La région triomphe, et le jeune ailier se révèle à toute la Pologne. Mais alors que tout semble s’ouvrir devant lui, une grave blessure au genou freine brutalement son ascension. Beaucoup auraient vacillé. Lui non. Son entourage parle d’un adolescent obsédé par la rééducation, décidé à ne pas laisser la lumière se détourner de lui.
Je l’ai remarqué tout de suite, il avait ce côté fougueux, courageux, soutenu par un vrai talent et surtout par une intelligence rare - Ryszard Karalus
En 2024, à peine remis, il frappe à la porte de l’équipe première du Jagellonia Białystok avec une maturité qui surprend même les plus anciens du club. L’été de cette année-là, il fait ses débuts professionnels dans le cadre le plus intime et le plus intimidant à la fois : une qualification de Ligue Europa face à l’Ajax Amsterdam. Quelques mois plus tard, le 4 mai, il inscrit son premier but en Ekstraklasa face au Górnik Zabrze, devenant l’un des plus jeunes buteurs de l’histoire du championnat polonais.
Son style intrigue, séduit, irrite parfois, mais ne laisse jamais indifférent. Sławomir Kopczewski, président de la Fédération de Podlaskie, voit en lui « quelque chose du football de jardin » : cette joie pure, ce culot qui met en déséquilibre les défenseurs, cette imprévisibilité qu’on ne peut ni enseigner, ni contenir.
Oskar n’est pas en équipe première parce qu’il faut aligner un jeune, dit-il, mais parce qu’il le mérite pleinement.

credit: KAMIL SWIRYDOWICZ - newspix.pl
Cette audace séduit aussi à l’étranger. Lorsqu’il marque en équipe nationale U21 face à la Macédoine du Nord, lors d’un match qualificatif en septembre 2025, il devient le plus jeune buteur de l’histoire de la sélection, à 17 ans et trois mois. Les médias britanniques s’enflamment. The Guardian lui consacre des lignes élogieuses, saluant un joueur « ultra-rapide, capable de changer de direction sans effort, excellent dribbleur, doté en plus d’un tir lointain remarquable ».
On le place même parmi les soixante plus grands talents du football mondial.
Alors, forcément, les projecteurs se braquent. Les scouts affluent. Les noms des clubs commencent à circuler : Ajax, Anderlecht, Nantes, Chelsea, Arsenal, le PSV, Bologne, Manchester City. Jagellonia espère un transfert record, peut-être au-delà des quinze millions d’euros — un sommet jamais atteint en Ekstraklasa. Mais pour l’instant, le club ferme les portes : Oskar restera à Białystok au moins jusqu’à la fin de la saison.
Je suis attentif à ce qu’il dit. Il reste humble, équilibré. Respect et humilité ne sont jamais de trop - Ryszard Karalus
Son agent, Mariusz Piekarski, prône la prudence : pas de départ précipité, pas de vitrines trop grandes trop tôt.
Le plus surprenant, peut-être, est que Pietuszewski ne semble pas perturbé par cette attention nouvelle. Pas d’arrogance, pas d’emballement. Lors d’un match remporté 5-2 contre Cracovie, il marque un but splendide… mais quitte le terrain contrarié par quelques erreurs commises auparavant.

credit: STANISLAW KLEPKA - ARENA AKCJI - newspix.pl
Adrian Siemieniec, l’entraîneur de Jagellonia, insiste sur l’autre face du parcours : celle où l’on doit apprendre à vivre les critiques, les remplacements, les absences de la feuille de match, les rotations. Tout ce qu’un jeune prodige doit traverser pour devenir un joueur accompli.
La Pologne entière semble tenir son souffle. Pietuszewski ne porte pas seulement les espoirs d’un club ; il incarne une promesse plus vaste, un symbole de la nouvelle génération polonaise.
Il n’est d’ailleurs pas seul : autour de lui, d’autres talents émergent au Jagellonia, comme Dawid Drachal ou Slawomir Abramowicz, bien encadrés par les vétérans Imaz et Romanczuk. Mais Pietuszewski reste le joyau le plus étincelant. Le classement du CIES de 2025, qui le place quatrième joueur le plus talentueux au monde parmi les moins de 18 ans, en atteste.
Ses chiffres plaident aussi pour lui : 15 matchs d'Ekstraklasa cette saison, pour trois buts et deux passes décisives, dont le but à la dernière minute donnant la victoire au Jagiellonia à Sczecin très récemment. Et en U21, quatre buts et deux passes en quatre rencontres, une efficacité qui a déjà fait basculer plusieurs matchs.
Le futur ? Il est encore incertain, et c’est très bien ainsi. On dit que la bonne carrière est celle qu’on laisse respirer. Pour l’heure, Oskar Pietuszewski reste ce qu’il a toujours été : un garçon de Białystok, impatient de conquérir le monde mais suffisamment lucide pour ne pas courir plus vite que son propre talent. Un diamant rare, dont Jagellonia garde encore quelques éclats avant qu’il ne brille sur une scène encore plus grande.
Et si son histoire n’en est qu’à ses premiers chapitres, elle donne déjà le sentiment d’un destin écrit en lettres d’or.









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