Le chemin intérieur d’Afimico Pululu, entre football et foi
- Jo

- 29 déc. 2025
- 4 min de lecture
Il y a des joueurs dont la trajectoire semble suivre une ligne droite, et d’autres qui avancent par détours, par silences, par renaissances. Afimico Pululu appartient clairement à la seconde catégorie. Son histoire n’est pas celle d’une explosion précoce, mais celle d’une foi patiente, assumée, presque revendiquée, dans un environnement où le catholicisme imprègne la culture autant que les stades.
Né en Angola de parents congolais, Afimico Pululu grandit loin des projecteurs, à Mulhouse, dans l’est de la France. Très tôt, le football devient un repère, mais aussi un terrain d’apprentissage. Formé à l’A.S. Coteaux Mulhouse, il rejoint à l’été 2013 le centre de formation du FC Bâle. Il n’a alors que quatorze ans. À partir de là, sa vie bascule dans une autre dimension, celle d’un club structuré, habitué aux titres nationaux et aux soirées européennes.
Pendant quatre ans, Pululu gravit méthodiquement tous les échelons du club bâlois. Il progresse dans l’ombre, apprend à patienter, à se renforcer, à comprendre les exigences du football professionnel. À l’été 2017, il connaît enfin le saut tant attendu vers l’équipe première. Le FC Bâle n’est pas un club facile pour un jeune attaquant : la concurrence est rude, les attentes élevées, et la pression constante.
La progression n’est pas linéaire. Après six mois passés en prêt à Neuchâtel Xamax, il revient à Bâle pour la saison 2019-2020. Pourtant, Pululu s’accroche. Il dispute au total plus de 80 matchs officiels sous le maillot rouge et bleu, contribuant directement à une vingtaine de buts.

Mais le sentiment d’inachevé demeure. À 22 ans, il fait le choix de quitter la Suisse pour l’Allemagne et s’engage avec le SpVgg Greuther Fürth, où il signe un contrat jusqu’en 2024, assorti d’une option d’une année supplémentaire. Le discours du club est clair : vitesse, robustesse, polyvalence. L’entraîneur Stefan Leitl insiste sur son dynamisme, tandis que le directeur sportif Rachid Azzouzi souligne déjà son expérience malgré son jeune âge.
Mais là encore, Pululu ne devient pas immédiatement l’attaquant attendu. Les saisons passent sans qu’il ne parvienne à s’installer durablement comme un élément décisif. Le football professionnel peut parfois être cruel pour ceux qui avancent sans bruit. Afimico Pululu traverse cette période sans éclats médiatiques, mais sans renoncer. C’est peut-être là que s’ancre le plus profondément ce qui va définir la suite de son parcours.
L’été 2023 marque un tournant. Pululu quitte l’Allemagne pour la Pologne et rejoint le Jagiellonia Białystok. Le choix surprend, mais il s’avère déterminant. Dans un pays profondément marqué par le catholicisme, où la foi occupe une place centrale dans la société, Pululu semble trouver un environnement qui résonne avec ses convictions personnelles. Sur le terrain, son impact est immédiat. Dès sa première saison, il inscrit 14 buts et délivre 5 passes décisives en 34 matchs, devenant progressivement le principal atout offensif du club.
Le Jagiellonia devient cette saison là champion de Pologne, et se qualifie pour la coupe d'Europe.
Dieu est la personne la plus importante dans ma vie, je lui ai confié ma vie et je lui dois tout. Je veux le montrer à chaque occasion, la fierté d’être chrétien. Je tiens à le remercier pour tout ce que j’ai reçu de sa part - Afimico Pululu
La saison suivante révèle une autre dimension de son jeu. En 2024-2025, Afimico Pululu franchit un cap statistique et symbolique. Il marque 18 buts et délivre 4 passes décisives en 38 matchs toutes compétitions confondues. En Ligue Europa Conférence, il s’impose comme l’un des visages du parcours européen du Jagiellonia, inscrivant huit buts et devenant le meilleur buteur de la compétition à ce stade. Chaque réalisation est accompagnée du même geste : les mains et les yeux levés vers le ciel.
Cette célébration devient sa signature. Elle n’est ni calculée ni provocatrice. Pululu l’explique simplement : Dieu est la personne la plus importante de sa vie. Il lui a confié sa trajectoire, ses doutes et ses espoirs. En Pologne, ce témoignage public de foi n’étonne pas. Il trouve même un écho particulier dans les tribunes. À Białystok, l’attaquant angolais ne se contente plus de marquer, il incarne.
Sur le plan collectif, le Jagiellonia confirme son statut, après avoir remporté le championnat national la saison précédente. Pululu insiste régulièrement sur la notion de groupe, sur le plaisir de jouer et sur la continuité du travail. Il refuse de se projeter trop loin, se concentrant sur chaque match, chaque déplacement, chaque défi européen. La Conference League devient un terrain d’expression privilégié, non comme une obsession personnelle, mais comme une aventure collective.

À 26 ans, la question internationale se pose aussi. Né en Angola, de parents congolais, Pululu se sent profondément attaché à la République démocratique du Congo. Dans une interview accordée à RFI en avril 2025, il confie son admiration pour les Léopards et évoque sans détour son lien culturel et familial avec le Congo. Il cite Charles Pickel, ancien coéquipier au FC Bâle, aujourd’hui cadre de la sélection, comme une source d’inspiration.
Aujourd’hui, Afimico Pululu est devenu l’un des visages de Jagiellonia Białystok. Son parcours raconte autre chose qu’une simple réussite tardive. Il parle de persévérance, de déplacements géographiques et culturels, mais surtout d’une foi assumée, visible, vécue sans compromis. Dans un pays où le catholicisme structure l’identité nationale, Pululu avance avec ses propres repères, fidèle à ses convictions, et en paix avec son football.









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