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Mariusz Stępiński, la promesse précoce et l’apprentissage du temps

  • Photo du rédacteur: Jo
    Jo
  • il y a 33 minutes
  • 6 min de lecture

À Sieradz, petite ville du centre de la Pologne, rien ne prédestinait vraiment Mariusz Stępiński à devenir l’un des adolescents les plus scrutés du football polonais au début des années 2010. Né le 12 mai 1995, il grandit loin des grands centres de formation, dans un football amateur où le ballon se gagne sur des terrains modestes. C’est au Piast Błaszko qu’il fait ses premières armes, avant de poursuivre sa formation au Pogoń-Ekolog Zduńska Wola. Là, encore mineur, il franchit déjà un cap rare : il ne se contente pas d’évoluer chez les jeunes, il joue avec l’équipe première en IVe ligue.


Son talent attire rapidement l’attention de Radosław Mroczkowski, alors entraîneur du Widzew Łódź. À seulement 16 ans, Mariusz Stępiński bascule dans une autre dimension. Le 7 avril 2012, il entre en jeu à la 90e minute contre Lech Poznań. Ce simple remplacement suffit à inscrire son nom dans l’histoire du club : il devient le plus jeune joueur à avoir disputé un match d’Ekstraklasa avec le Widzew, et le plus jeune débutant de toute la ligue cette saison-là. Dans un championnat réputé exigeant pour les jeunes attaquants, il enchaîne les apparitions, disputant 34 matchs officiels sous les couleurs du Widzew, pour 5 buts et 4 passes décisives. Le football polonais tient alors ce qu’il pense être une pépite.


L’année 2012 confirme ce statut précoce. Avec la sélection polonaise U-17, Stępiński participe au Championnat d’Europe organisé en Slovénie. La Pologne décroche la médaille de bronze, et l’attaquant s’impose comme l’un des symboles de cette génération. Les recruteurs européens s’intéressent à lui, et l’idée d’un départ rapide à l’étranger s’impose. En juin 2013, à seulement 18 ans, il signe librement pour le 1. FC Nürnberg, club de Bundesliga, avec un contrat de trois ans. L’écart est immense, et Stępiński le sait.


crédit: Małgorzata Kujawka / Agencja Wyborcza.pl


En Allemagne, il découvre une autre réalité du football professionnel. Il ne dispute aucun match avec l’équipe première, évoluant exclusivement avec la réserve en Regionalliga. Les chiffres sont modestes : 26 matchs, 6 buts. Pourtant, cette période marque profondément le joueur. Il y apprend l’intensité quotidienne, la rigueur de l’entraînement, la patience imposée aux jeunes étrangers. Dans ses propos de l’époque, Stępiński insiste sur la difficulté physique des premiers mois, la fatigue accumulée, l’obligation de s’adapter à un football plus rapide, plus exigeant mentalement. Il apprend aussi à vivre seul à l’étranger, à gérer l’attente, à accepter que le temps fasse partie du processus de formation.


À l’été 2014, le club allemand choisit de le prêter. Direction le Wisła Cracovie, où il retrouve l’Ekstraklasa. Ses débuts ont lieu le 29 août contre le GKS Bełchatów, encore une fois en fin de match. Quelques semaines plus tard, il inscrit son premier but pour le Wisła contre le Zawisza Bydgoszcz et provoque un penalty. Malgré ces signes positifs, son rôle reste limité, freiné par la concurrence et par une utilisation parfois éloignée de son poste de prédilection. Après une saison sans véritable continuité, Stępiński comprend qu’il a besoin de stabilité.

Cette stabilité, il la trouve au Ruch Chorzów, où il signe en juillet 2015. L’impact est immédiat. Dès son premier match, il marque contre le Korona Kielce. Sur l’ensemble de la saison 2015-2016, il dispute 36 matchs et inscrit 15 buts, la meilleure performance statistique de sa carrière en championnat. Il devient l’un des attaquants les plus efficaces du pays et retrouve une place centrale dans le jeu. Cette saison pleine lui ouvre à nouveau les portes de l’équipe nationale et attire l’attention à l’étranger.


Adam Nawałka le convoque pour l’Euro 2016 en France. Stępiński vit la compétition de l’intérieur, sans jouer la moindre minute, mais il fait partie d’un groupe qui atteint les quarts de finale. Quelques semaines plus tard, il franchit un nouveau cap en signant un contrat de quatre ans avec le FC Nantes. En Ligue 1, il débute face à Metz, puis marque contre Nancy. Sa première saison française se conclut avec 7 buts en 25 apparitions. Les débuts sont encourageants, mais la dynamique s’essouffle progressivement, et son temps de jeu se réduit.


Je crois simplement que si je m’entraîne dur, tôt ou tard j’aurai une chance. Que je l’utilise ou non, c’est ma responsabilité - Mariusz Stępiński

Lorsque Mariusz Stępiński quitte Nantes à l’été 2017 pour rejoindre le Chievo Vérone, il aborde déjà un tournant important de sa carrière. À 22 ans, il a découvert la Ligue 1, connu ses premières sélections en équipe nationale et vécu l’Euro 2016 sans jouer, mais il lui manque encore une chose essentielle : la continuité au plus haut niveau. L’Italie apparaît alors comme un terrain d’épreuve, exigeant, tactique, où les attaquants étrangers doivent prouver rapidement leur valeur.


Son arrivée à Vérone débute pourtant de manière presque idéale. Le 24 septembre 2017, Stępiński fait ses débuts en Serie A contre Cagliari. Il entre à la 83e minute, et dix minutes plus tard, il marque. Un but symbolique, libérateur, qui semble annoncer une intégration rapide. La réalité du championnat italien le rattrape cependant très vite. La Serie A ne pardonne pas l’irrégularité, et le Chievo est une équipe qui lutte constamment pour sa survie. Dans ce contexte, Stępiński doit souvent se contenter de rôles secondaires, d’entrées en jeu, d’un temps de jeu fragmenté.


Malgré cela, il boucle la saison 2017-2018 avec 5 buts en 23 matchs, un bilan honorable pour un joueur rarement titulaire. Suffisant, en tout cas, pour convaincre le Chievo de lever l’option d’achat et de lui faire signer un nouveau contrat de trois ans. La saison suivante, il devient un élément plus régulier de la rotation, inscrit 6 buts, mais évolue dans une équipe qui s’effondre collectivement. Le Chievo termine largement dernier et est relégué en Serie B. Pour Stępiński, c’est un nouveau coup d’arrêt : ses performances individuelles existent, mais elles se noient dans les difficultés structurelles du club.


À l’été 2019, alors que le Chievo disparaît pratiquement du paysage de l’élite, l'Hellas Vérone lui ouvre ses portes dans les dernières heures du mercato. Le transfert est significatif, estimé entre cinq et six millions d’euros, preuve que le joueur conserve une cote réelle en Italie. Mais l’histoire ne prend pas la tournure espérée. La concurrence est rude, l’adaptation difficile, et Stępiński ne parvient pas à s’imposer. En moins de 700 minutes disputées, il ne marque que trois buts et délivre une passe décisive. L’investissement ne produit pas l’effet attendu.

S’ensuit un nouveau prêt, cette fois à Lecce, en Serie B. Le niveau est inférieur, mais l’objectif est clair : retrouver du rythme et de la confiance. Stępiński y montre un visage plus proche de celui aperçu à Chorzów quelques années plus tôt. En deuxième division italienne, il inscrit 9 buts et délivre 3 passes décisives. Sans être flamboyant, il redevient utile, présent, décisif par séquences. Pourtant, malgré cette amélioration, l’Italie semble lui offrir surtout des trajectoires provisoires, jamais une installation durable. À 26 ans, il comprend que sa carrière a besoin d’un nouvel élan, loin des prêts à répétition.


crédit: Gazeta Bydgoska


Ce nouvel élan prend une forme inattendue. En 2021, Stępiński quitte l’Italie pour Chypre et rejoint l'Aris Limassol. Pour beaucoup, ce transfert ressemble à une sortie de route. Pour lui, c’est un choix réfléchi. Après des années passées dans des clubs luttant pour le maintien, il trouve enfin une équipe avec un projet clair, ambitieuse, structurée, et prête à lui offrir un rôle précis.

Dès sa première saison, il s’impose comme un élément important de la rotation offensive. Ses statistiques ne sont pas spectaculaires, mais elles s’inscrivent dans un collectif performant. l'Aris Limassol ne joue plus seulement pour survivre : le club vise les sommets du championnat chypriote. Stępiński participe pleinement à cette dynamique. Lors de la saison 2022-2023, Aris remporte le championnat, un titre historique pour le club. L’attaquant polonais n’en est pas la figure centrale, mais il en est un rouage fiable, régulier, capable d’entrer en jeu et de faire basculer certaines rencontres.


La saison suivante confirme cette stabilité nouvelle. L'Aris remporte également la Supercoupe de Chypre, et Stępiński y inscrit un but. Dans les tours préliminaires des compétitions européennes, il se distingue par son efficacité en sortie de banc, notamment face au BATE Borisov, où il marque lors des deux matchs. À Limassol, il découvre une dimension qu’il n’avait presque jamais connue auparavant : celle d’un joueur qui se bat pour des titres, et non pour éviter la relégation.


À 30 ans, le portrait de Mariusz Stępiński est celui d’un joueur qui n’a jamais cessé d’avancer. Il n’est pas devenu le « nouveau Lewandowski » qu’on annonçait à ses débuts, mais il a construit une carrière riche, faite de championnats majeurs, d’expériences formatrices et de remises en question constantes. International polonais, participant à un Euro, champion à l’étranger, il incarne une trajectoire faite de patience, d’apprentissage et d’adaptation. Le Korona Kielce vient d'annoncer son retour en Ekstraklasa à compter de janvier 2026, refermant peut-être un cycle, sans effacer tout ce que le chemin a apporté.

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