Retour sur 6 mois d'Ekstraklasa
- Jo

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Alors que l'Ekstraklasa reprend ses droits demain, retour sur les 6 premiers mois de compétition du plus grand championnat mondial.
Le Wisła Płock et le Cracovia en tubes de l'été, le Raków à la traîne
La saison d’Ekstraklasa s’est ouverte en plein été comme une porte qu’on claque trop fort : avec fracas, surprises et quelques illusions déjà brisées. Dès la première journée, le ton est donné. Le Jagiellonia, pourtant attendu, se fait balayer à domicile par un Bruk-Bet Termalica décomplexé, pendant que le Lech Poznań, autre candidat naturel, s’effondre face à un Cracovia inspiré. En l’espace de quelques heures, les hiérarchies de la saison passée vacillent. L’été polonais ne sera pas une mise en route tranquille, mais un test de caractère immédiat.
Très vite, certaines équipes comprennent mieux que d’autres ce que ce début de saison exige. Le Cracovia, justement, enchaîne les performances solides, gagne à Poznań, confirme contre le Termalica et le Widzew et s’installe dans le paysage comme une équipe sûre de son football. Le Jagiellonia, humilié d’entrée, refuse de sombrer et réagit avec des victoires spectaculaires, notamment ce 5-2 contre le Cracovia début août (seule défaite du Cracovia sur les 7 premiers matchs), match fou, presque excessif, qui symbolise cette Ekstraklasa estivale sans filtre ni calcul.
Pendant ce temps, le championnat se cherche un rythme, mais pas une logique. Le Radomiak Radom, capable d’écraser le Pogoń 5-1 lors de la première journée, se met ensuite à alterner le brillant et le fragile, donnant l’impression d’une équipe toujours sur le fil. Une sorte de Joga bonito funambule, capable du meilleur comme du pire. Le Pogoń Szczecin, justement, traverse l’été comme un personnage tragique : humilié à Radom, relancé contre le Motor, puis à nouveau freiné, incapable d’installer une dynamique durable. Chaque éclaircie est suivie d’un retour brutal à la réalité.
Dans ce chaos apparent, quelques forces plus constantes émergent. Le Górnik Zabrze avance à pas mesurés mais sûrs, battant le Pogoń, le GKS Katowice et le Piast, tout en évitant les excès. Le Lech Poznań, après son départ raté, se reconstruit lentement : victoire spectaculaire à Gdańsk, succès contre le Górnik et le Widzew, et l’impression d’un géant encore fragile mais réveillé.

Le Legia entre dans la saison plus discrètement. Pas de démonstration immédiate, mais une efficacité froide quand il le faut : victoire à Kielce et face au GKS Katowice, et cette impression d’une équipe qui ne joue pas encore à son maximum, mais qui sait exactement comment survivre dans un championnat aussi imprévisible. À l’ombre des projecteurs, le Legia semble construire quelque chose...
Et puis il y a le Wisła Płock, discret mais efficace, qui accumule les points sans bruit, battant le Raków, le Piast et le Zagłębie, s’installant comme l’un des visages les plus stables de cet été agité. Le Raków, justement, semble encore en rodage, capable de coups d’éclat mais trop souvent puni, notamment à Radom ou à Szczecin, comme si la machine n’était pas encore totalement huilée.
Quand Août s’achève, l’Ekstraklasa ressemble à un roman dont on aurait déjà brûlé plusieurs chapitres. Les favoris ont trébuché, les outsiders ont osé, et aucune équipe n’a encore réussi à imposer une domination totale. L’été a été celui de l’instinct, du désordre et des matchs sans calcul. Un championnat encore brut, imprévisible, et déjà passionnant, qui promet un automne où les masques tomberont pour de bon.
A l'Automne, le Górnik prend le pouvoir, le Legia déçoit et le Piast est au bourd du gouffre
Le mois de septembre commence par un signal clair : certaines équipes ont compris comment survivre à la tempête. Le Lechia Gdańsk, si instable en juillet et août, retrouve de la solidité contre le GKS Katowice et le Pogoń Szczecin, pendant que le Korona Kielce s’offre une victoire précieuse face à ce meme Pogoń. Mais c’est surtout le Legia Warszawa qui frappe les esprits. Le 4-1 infligé au Radomiak Radom n’est pas seulement un succès, c’est une démonstration de maturité. La Legia ne brille pas toujours, mais elle semble désormais imposer son tempo, comme une équipe qui sait exactement quand accélérer.
À l’inverse, le Lech Poznań continue de vivre une saison inconfortable. Capable de coups d’éclat, comme ce succès à Termalica ou ce nul arraché au Raków malgré un carton rouge, le Kolejorz laisse trop de points en route à domicile. Les défaites contre le Zagłębie ou à Gdynia rappellent que le Lech reste une équipe en reconstruction, dangereuse mais encore friable.
Pendant ce temps, le Cracovia s’installe progressivement comme l’un des récits les plus cohérents de la saison. Solide à Katowice, réaliste contre Pogoń, efficace quand il le faut, le Cracovia avance sans bruit, sans écraser personne, mais sans jamais disparaître. À l’automne, elle devient cette équipe que personne n’a envie d’affronter, parce qu’elle sait punir chaque erreur.
À l’opposé du spectre émotionnel, le Jagiellonia Białystok transforme son été ronronnant en automne conquérant. Victoires à Płock, contre le Korona et l'Arka, succès à Szczecin début novembre : le Jagiellonia joue avec intensité, assume son ambition et retrouve une régularité qui lui avait tant manqué. Même quand il trébuche, comme face au Raków ou à Zabrze, il ne donne jamais l’impression de rompre et vient se placer deuxième au soir de la 15e journée.

credit: roosevelta81.pl
Le Górnik Zabrze, justement, est peut-être l’équipe qui incarne le mieux cet automne. Discret mais implacable, il enchaîne les victoires marquantes : succès au Raków, triomphe contre Legia, démonstration face à l'Arka. Le Górnik ne séduit pas toujours, mais il avance comme une équipe construite pour durer, solide mentalement, capable d’imposer sa loi quand les températures chutent.
À l’arrière-plan, la lutte devient plus rude. Le GKS Katowice alterne, encore et toujours. Capable d’exploser le Motor Lublin 5-2 avant de retomber dans ses travers. Le Motor, de son côté, vit un automne éprouvant, marqué par des cartons rouges, des matchs courageux mais souvent cruels, et une difficulté persistante à transformer l’effort en points.
Le Piast Gliwice quant à lui traverse l’automne comme on descend une pente sans freins. L’été n’avait déjà rien d’enthousiasmant, mais à mesure que les semaines passent, la situation se dégrade lentement, presque silencieusement. Les nuls s’enchaînent, les défaites aussi, souvent sans éclat... Même quand le Piast frappe fort, comme contre Termalica fin septembre, les cartons rouges viennent rappeler une nervosité grandissante, symptôme d’une équipe qui doute. En octobre et novembre, le Piast ne lutte plus pour exister dans le jeu, mais pour survivre au classement. Les points deviennent rares, les matchs se ressemblent, et la chute vers le bas du tableau semble inexorable, installant un sentiment d’urgence presque permanent à Gliwice.
Octobre et Novembre signifient également le début de la descente aux enfers du Legia Warszawa. La maîtrise de Septembre laisse progressivement place à la fébrilité. Après avoir semblé contrôler son début de saison, le Legia commence à perdre le fil à partir d’Octobre. Les défaites contre le Górnik, le Zagłębie ou le Bruk-Bet Termalica, le nul sans saveur dans le classique contre Lech, et l’incapacité à imposer son autorité face à des adversaires directs trahissent une équipe qui s’agace, s’éparpille et se crispe. Au milieu du marasme, l'entraineur roumain Iordanescu est renvoyé.
Quand la mi-novembre arrive, l’Ekstraklasa n’est plus tout à fait le championnat fou de l’été. Les rôles commencent à se figer, les équipes solides se détachent, et celles qui doutent sombrent un peu plus chaque semaine. L’automne n’a pas apporté la paix, mais il a apporté la vérité. Et à l’approche de l’hiver, une certitude s’impose : cette saison ne pardonnera rien à ceux qui refusent d’évoluer.
En hiver, le coup de froid du Legia, la renaissance du Piast et un championnat au ralenti
L’hiver arrive sans prévenir, et avec lui une Ekstraklasa plus lente, plus rude, presque austère. Les terrains se durcissent, les organismes accusent le coup, et le championnat bascule dans une phase où il ne s’agit plus seulement de jouer, mais de tenir. Dès la 16e journée, le ton est donné : les cartons rouges se multiplient, les écarts se creusent, et chaque point ressemble à une ration de survie. L’Ekstraklasa n’est plus un terrain d’expérimentation, c’est un champ de résistance.
Dans ce décor hivernal, certaines équipes se révèlent étonnamment à l’aise. Le Lechia Gdańsk vit un mois de novembre et un début décembre spectaculaires. Les larges victoires contre Termalica et le Górnik donnent l’image d’une équipe libérée, presque euphorique, qui transforme enfin son potentiel offensif en résultats concrets. Le Lechia marque beaucoup, assume son football, et semble refuser de sombrer dans la grisaille générale du championnat.
À l’opposé, Le Wisła Płock traverse l’hiver avec une sobriété presque extrême. Peu de buts, peu d’éclats, mais une capacité intacte à ne pas perdre. Les nuls s’accumulent, contre le Górnik, le Lech, le Cracovia ou le Korona, comme une stratégie assumée : rester debout, attendre que l’orage passe. Wisła ne brille pas, mais ne cède jamais, incarnant parfaitement cet hiver où chaque point compte double.
Le Piast Gliwice, que l’on croyait condamné, trouve paradoxalement un souffle inattendu au cœur de l’hiver. La victoire à Raków, puis les succès contre le Legia, donnent l’image d’une équipe accrochée à sa survie, prête à se battre sur chaque duel. Rien n’est encore réglé, mais le Piast refuse de mourir en silence. Dans un championnat où beaucoup subissent, Gliwice lutte, parfois maladroitement, mais avec une urgence nouvelle.
En haut, la tension est palpable. Le Lech Poznań alterne le spectaculaire et le stérile : capable d’écraser le Radomiak Radom, mais incapable de battre le Wisła ou le Cracovia, et même battu à Gdynia. Le Raków, lui, avance avec une froide efficacité, punissant l'Arka, le GKS ou le Korona, tout en acceptant des revers frustrants, comme contre le Zagłębie. Rien n’est fluide, tout est âpre, mais le Raków donne l’impression de mieux comprendre ce football hivernal que beaucoup d’autres.

credit: PAP / TVPSPORT
Et puis il y a le Legia Warszawa, toujours plus fébrile. Les nuls et les défaites s’accumulent, au Motor, contre le Piast, face au Lechia. L’équipe semble incapable de refermer ses matchs, de tuer les temps faibles. La défaite à domicile contre le Piast, mi-décembre, sonne comme un avertissement sévère : le Legia ne maîtrise plus son destin, une révolution semble se préparer à Varsovie, comme pour tenter d'éviter ce qui semble etre l'inexorable destin du club à l'étage inférieur.
Quand la trêve approche, l’Ekstraklasa est méconnaissable par rapport à l’été. Les envolées ont disparu, remplacées par des matchs fermés, des erreurs fatales et une lutte permanente contre soi-même. L’hiver n’a pas encore décidé de tout, mais il a déjà laissé des traces profondes. Et une chose est sûre : au retour du printemps, ceux qui auront survécu à ce froid-là ne regarderont plus le championnat de la même manière.









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