Sebastian Szymański, l’art de grandir loin du bruit
- Jo

- il y a 5 jours
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Sebastian Szymański est né le 10 mai 1999 à Biała Podlaska, une ville de l’est de la Pologne loin des centres traditionnels du football du pays. C’est pourtant là, au TOP 54 Biała Podlaska, qu’il découvre le ballon dès l’âge de six ans. Très tôt, son profil se dessine : un joueur à l’aise techniquement, porté vers le jeu, davantage créateur que destructeur.
En 2013, alors qu’il n’est encore qu’un adolescent, le Legia Warszawa détecte ce potentiel et l’intègre à son centre de formation. Ce choix va structurer toute la première partie de sa carrière.
Au Legia, Szymański gravit les échelons avec une régularité presque silencieuse. Il ne brûle pas les étapes, mais les franchit une à une. Lors de la saison 2015-2016, il évolue principalement avec l’équipe réserve, découvrant le football senior tout en continuant à s’illustrer chez les jeunes. Il participe notamment à la victoire du Legia en Ligue Junior Centrale, marquant deux buts décisifs en finale retour contre Pogoń Szczecin. À ce moment-là, il n’est encore qu’un nom parmi d’autres dans un centre de formation réputé, mais son sens du jeu et sa maturité attirent déjà l’attention.
L’été 2016 marque un premier tournant. À seulement 17 ans, Sebastian Szymański est intégré à l’équipe première du Legia. Il débute officiellement le 7 juillet lors de la Supercoupe de Pologne, puis découvre l’Ekstraklasa quelques semaines plus tard. Le choc est réel, mais l’adaptation rapide. En mars 2017, il inscrit son premier but en championnat face à Zagłębie Lubin, devenant le plus jeune buteur de la saison. Ce but n’est pas qu’une statistique : il symbolise la confiance que l’entraîneur Jacek Magiera place en lui. Plus tard, Szymański reconnaîtra que cette confiance fut décisive, expliquant que sa percée est née du sentiment qu’il pouvait déjà jouer « à un niveau sérieux » malgré son jeune âge.

La saison 2016-2017 se conclut par un titre de champion de Pologne. Pour Szymański, ce succès arrive très tôt, peut-être trop tôt pour mesurer pleinement ce qu’il représente. Il poursuit néanmoins sa progression la saison suivante, remportant la Coupe de Pologne en 2018 et s’imposant comme un élément régulier de la rotation. Au fil des matchs, il accumule de l’expérience, dépassant les 70 rencontres en équipe première. Malgré son âge, il refuse le statut de « jeune à protéger » et revendique celui de joueur à part entière. Il l’exprime clairement : l’âge ne doit jamais servir d’excuse, seule la performance compte.
En mai 2019, après sept années passées au Legia, Sebastian Szymański quitte Varsovie. Le Dinamo Moscou investit 5,5 millions d’euros pour le recruter, faisant de lui l’un des transferts les plus importants de l’histoire du club polonais. Ce départ suscite des débats. Beaucoup imaginent l’Italie ou l’Espagne comme une suite plus naturelle. Lui choisit la Russie, un choix qu’il justifie par une volonté de jouer régulièrement et de progresser sans être écrasé par les attentes. À Moscou, il découvre un nouvel environnement, une pression différente, et une exposition médiatique moindre qu’en Pologne. Il y voit un avantage.
Ses débuts avec le Dinamo sont rapides et prometteurs. Dès l’été 2019, il s’installe dans la rotation et inscrit son premier but en championnat en quelques mois. Progressivement, il est repositionné plus axialement, dans un rôle de milieu offensif, où son intelligence de jeu s’exprime davantage. Malgré des périodes d’irrégularité, il s’impose comme un joueur important, jusqu’à connaître sa meilleure phase en 2021-2022. Cette saison-là, il enchaîne buts et passes décisives, est élu à plusieurs reprises footballeur du mois.
C’est également avec le Dinamo Moscou que Sebastian Szymański fait ses débuts en équipe nationale A. Appelé pour la première fois en août 2019, il joue son premier match contre l’Autriche en septembre, puis marque son premier but deux mois plus tard face à la Slovénie. Depuis, il participe aux grands rendez-vous, du Mondial 2022 à l’Euro 2024, sans encore s’imposer comme un titulaire indiscutable, mais en restant un profil régulièrement utilisé par les sélectionneurs.
Il était le meilleur dans le rôle de milieu de terrain, où il joue la plupart du temps. Parfois, surtout face à des adversaires plus forts, il joue comme ailier droit et s’en sort très bien également. Cependant, je pense que la solution optimale est de le positionner au poste de milieu offensif - Johan Brinkel
L’été 2022 marque une rupture nette dans la trajectoire de Sebastian Szymański. Après trois saisons passées au Dinamo Moscou, son avenir devient incertain dans un contexte géopolitique qui dépasse largement le cadre sportif. Grâce aux règlements exceptionnels de la FIFA et de l’UEFA, il obtient la possibilité de suspendre son contrat et choisit de rejoindre Feyenoord Rotterdam sous la forme d’un prêt. Ce choix n’est ni un refuge, ni une solution par défaut. Il s’inscrit dans une logique sportive précise : retrouver un environnement stable, compétitif et offensif.
À Rotterdam, Szymański découvre un club en pleine reconstruction sous la direction d’Arne Slot. Feyenoord n’est pas seulement un grand nom du football néerlandais, c’est un projet cohérent, structuré, où le jeu collectif prime sur les individualités. Dès ses premières apparitions, le Polonais est repositionné plus haut sur le terrain, avec des responsabilités offensives claires. Libéré d’un rôle parfois trop contraignant à Moscou, il peut enfin exprimer pleinement sa créativité.
Son intégration est rapide. Lorsqu’il est en forme, il devient un titulaire quasi systématique. Slot l’utilise majoritairement en numéro dix, parfois sur un côté face à des adversaires plus physiques, mais toujours avec une mission claire : faire vivre le jeu entre les lignes. Les chiffres suivent. Pour la première fois de sa carrière professionnelle, Szymański dépasse la barre des dix buts sur une saison toutes compétitions confondues, tout en délivrant plusieurs passes décisives. Au-delà des statistiques, il s’impose comme un maillon essentiel d’une équipe qui se dirige vers le titre de champion des Pays-Bas et brille sur la scène européenne.
À De Kuip, il gagne aussi la reconnaissance du public. Les supporters apprécient son intelligence de jeu, sa mobilité et sa capacité à se rendre disponible dans les moments clés. Malgré quelques pépins physiques, il termine la saison comme l’un des symboles du renouveau de Feyenoord. Son passage aux Pays-Bas agit comme un révélateur : Sebastian Szymański peut être bien plus qu’un joueur prometteur, il peut être un leader technique dans un championnat exigeant.

Le 12 juillet 2023, fort de sa saison réussie aux Pays-Bas, Sebastian Szymański s’engage avec le Fenerbahçe SK pour quatre ans. Le club stambouliote voit en lui un joueur capable d’élever le niveau technique de l’équipe et d’apporter de la créativité dans les grands rendez-vous. Dès ses débuts officiels, le Polonais répond présent. Le 26 juillet, en qualification de Ligue Europa, il marque lors d’une victoire éclatante contre Zimbru Chișinău. Le message est clair : Szymański arrive en Turquie pour jouer un rôle central.
Ses premiers mois à Istanbul sont réussis. Il s’impose rapidement comme un titulaire, accumule les minutes et devient l’un des joueurs les plus influents du secteur offensif. Son impact dépasse le cadre du jeu. Le 9 février 2025, lors d’un match de Süper Lig contre Alanyaspor, il inscrit le 4000e but de l’histoire de Fenerbahçe dans l’élite turque. Le ballon et son maillot rejoignent le musée du club, symbole de l’importance accordée à cet instant.
Mais à Fenerbahçe, la réussite sportive est rarement linéaire. Les changements d’entraîneur, les rumeurs de transfert et les attentes permanentes du public finissent par créer un climat plus instable. Après le départ de José Mourinho, Szymański perd progressivement sa place de titulaire sous la direction de Domenico Tedesco. Les relations avec une partie des supporters se dégradent, notamment en raison de son désir exprimé de quitter le club lors d’un mercato estival. À l’automne, il est sifflé à chacune de ses entrées en jeu, jusqu’à vivre des scènes de franche hostilité au stade.
Sur le terrain, ses performances deviennent plus irrégulières, sans pour autant rompre avec son implication. Lors d’un match face à Karagümrük, entré en jeu en fin de rencontre, il manque une occasion franche, déclenchant de nouvelles critiques. Malgré cela, ses coéquipiers lui témoignent leur soutien, conscients de ce qu’il a apporté au club depuis son arrivée. L’image est contrastée : adulé hier, contesté aujourd’hui, Szymański traverse à Fenerbahçe l’une des périodes les plus émotionnellement intenses de sa carrière.
À 26 ans, son passage en Turquie illustre la complexité du football de très haut niveau. Entre reconnaissance institutionnelle et rejet populaire, Sebastian Szymański continue d’avancer, fidèle à une trajectoire faite de travail, d’adaptation et de patience. Fenerbahçe n’est peut-être pas un aboutissement, mais il constitue une étape majeure dans la construction d’un joueur désormais confronté aux exigences les plus extrêmes du métier. Le bon moment pour lui pour rejoindre un club d'un championnat du top5 européen?









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